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Fukushima
Regardons les choses en face ; avec le manque d’informations de la part des autorités japonaises et tant de choses en coulisses, nous sommes comme ces prisonniers dans la proverbiale caverne de Platon qui ne voient que l’ombre des choses de la vie réelle en surface. La rédaction de ce volume est comme un puzzle. Un puzzle avec beaucoup de pièces manquantes parce que le désastre est en cours. Ces notes sont peut-être chaotiques comme les jours où elles sont écrites. En regardant les vidéos des explosions de la centrale nucléaire au Japon, j’ai immédiatement su que c’était une grande catastrophe, et que les informations n’ont pas été divulguées, et cela à une échelle inimaginable. Après un accident d’une telle ampleur, nous devrions nous éloigner de l’énergie nucléaire au profit des sources d’énergie durables et renouvelables, mais une fois de plus, la vérité nous a été volée. Combien de kilomètres carrés de terres inhabitables, de cas de cancer et de décès faut-il pour se rendre compte que ce n’est pas le meilleur moyen de produire de l’énergie ? Il est difficile de faire une comparaison avec Tchernobyl, cet accident est un désastre à part entière. A Tchernobyl, vous aviez une seule explosion, qui a vomi des contaminants radioactifs mais qui mit efficacement fin à tous rejets de radiations venant d'une fission continue. Nous pouvons dire, qu'à Tchernobyl, le pic de la crise s'est produit quand le réacteur a explosé. Les déchets radioactifs ont été dispersés tout autour du réacteur, la fission nucléaire s'est arrêtée et en deux semaines il n'y eut plus ni incendies ni fumées. Les premières semaines ont été un cauchemar, mais ensuite les choses se calmèrent. Une fois le réacteur sous son tombeau, il n'y eut plus de rejet important de radiations. A Fukushima, Il y a 6 cuves de réacteur bouillantes et plusieurs tonnes de barres de combustibles brûlantes répandues qui peuvent potentiellement rester chaudes pendant des semaines et des mois et continuer de vomir de dangereux taux d'isotopes dans l'environnement. Il est parfaitement possible que les réacteurs à moitié détruits soient en état de fusion. Les radiations relâchées par la centrale nucléaire en détresse de Fukushima rivalisent déjà avec celles de Tchernobyl et ont, dans le futur, les capacités de devenir bien pires que celles de Tchernobyl. Bien que les sociétés et les médias contrôlés par le gouvernement ne tiennent pas compte des niveaux astronomiques de radiations, nous pouvons toujours trouver des bribes d’informations intéressantes, même dans les rapports officiels… comme celui-ci d’il y a quelques jours — Un rayonnement 1.600 fois plus élevé que la normale a été détecté à 19 kilomètres (12 miles) de la centrale de Fukushima, rapporte l’AIEA – Kyodo News. Eh bien, la zone de sécurité est au-delà des 19 kilomètres (12 miles) et le taux de radiations est de 160 milli-roentgen par heure ! On a dit aux gens, dans de tels endroits, de rester à l’intérieur. Je souhaite que les autorités sauvent ces gens, mais au lieu de cela, le gouvernement japonais ne préserve que ses marchés. Mars 2011 *********************** Regardez la photo du réacteur n° 3. Il est détruit, ressemblant à une bombe explosée et ne montrant que des décombres et que disent les autorités ? Deux semaines après l’explosion, ils disaient encore que le réacteur était intact. Il est tellement drôle d’imaginer que les autorités pensent que les "mots" peuvent remplacer ce que voient nos yeux. On dit qu'à quelque chose malheur est bon, et quelques jours après l'accident les journalistes des médias de masse ont essayé de trouver le bon côté des champignons de nuages des réacteurs détruits. Ils ont parlé du câblage électrique et de son rôle important. Les gens ont été nourris avec les nouvelles des progrès sur l'installation électrique, mais à quoi sert un câble électrique en bon état dans un réacteur en ruines ? C'est à peu près comme une batterie bien chargée sur une voiture dont le moteur est rempli d'eau de mer et que toute l'électronique est aussi inondée d'eau de mer. Maintenant, ajoutez à cela que votre moteur a explosé et qu'une moitié est manquante et, enfin, que vous pourriez mourir si vous passez plus de 3 minutes à travailler sur votre voiture. Permettez-moi de répondre à tous ceux concernés par le câblage, alors que vous avez un réacteur détruit entre les mains, avec les paroles de Chamfort — Avant d'ajouter des boutons aux manches de sa chemise, il faut déjà avoir une chemise. Mars 2011 *********************** Deux semaines et demi après le désastre, les diverses chaînes de médias nous disent que du Plutonium a été trouvé à l'extérieur de la centrale nucléaire et, ce qui est vraiment intéressant, c'est que tous les trois plutonium 238, 239 et 240 ont été découverts le même jour. Je devrais plutôt dire dévoilés, parce que tous ces éléments étaient là depuis le début et ils le savaient. Ils nous ont juste donné les informations à petites doses homéopathiques. D'abord, ils nous ont parlé de l'iode 131, comme si aucun autre élément n'avait été libéré… en mentionnant toujours que la période de demi-vie de l'iode 131 n'est que de huit jours. Ils ont dit cela dans le souci de gagner du temps, parce que le grand public pense que la demi-vie est le temps qu'il faut pour que les produits chimiques s'évanouissent et disparaissent. La prochaine étape sera de nous présenter le Césium, le Ruthénium, le Strontium… tous marchant comme à la parade avec le Plutonium à la fin. La place d'honneur de ce défilé est massivement réservée à un roi. La demi-vie du Plutonium 239 dépasse 24.000 ans. Malheureusement, ces informations arrivent au grand public quand l'histoire n'est plus dans l'actualité. Interview au journal "IT-TORCA" (Malte) Questions à Elena : A votre avis, peut-on comparer le désastre de Tchernobyl à celui de Fukushima ? Pensez-vous que Fukushima soit pire ? Comparer Tchernobyl à Fukushima, c'est comparer la gangrène au cancer. Pour nous, Tchernobyl est comme un membre perdu. Les ukrainiens, les biélorusses et les russes disposent de vastes territoires et nous nous sommes retirés de Tchernobyl, mais les japonais sont en cage avec un tigre. Ils sont totalement entourés par l'océan. Nulle part où aller… Fukushima affecte plus de gens, il les mange comme un cancer. Je peux déjà voir les énormes taches des métastases pourrissantes que les autorités japonaises tentent laborieusement de blanchir à la chaux. La similitude entre les bureaucrates japonais et ceux d'Union Soviétique est tellement évidente. Je pense que c'est pire encore. Le peuple japonais semble avoir le désir presque génétique de se conformer à l'autorité. Ce désir de la population japonaise semble plus fort que l'instinct d'auto-préservation. Ils adhèrent à l'autorité, peu importe la dangerosité des actions menées par ceux qui en ont la charge. Je suis vraiment désolée de dire cela, mais dans quelques courtes années, une nation aussi remarquable pour sa longévité que le Japon va se transformer en une nation malade avec de nombreuses malformations congénitales, des handicapés et des cortèges funéraires. Las autorités japonaises cachent la vérité et maintiennent les gens dans leurs maisons radioactives dans un souci de sauver les marchés boursiers. Eh bien, je doute qu'ils sauvent le capital de la compagnie d'électricité TEPCO. Je ne sais ce qu'il adviendra des sociétés productrices d'automobiles et d'électronique, mais je suis sûre que les entreprises pharmacologiques se porteront très bien dans l'avenir au Japon. Maintenant, 25 ans après, quels sont les effets de la catastrophe ? Si nous parlons des effets de Tchernobyl à une grande échelle, regardons les statistiques. En 1986, la population d'Ukraine était de 52 millions d'âmes, maintenant, 25 ans plus tard, notre population est de moins de 46 millions d'âmes. Sur une échelle plus restreinte, permettez-moi de vous dire que dans ma famille, il n'y a eu que des décès liés au cancer et à la leucémie. Notre famille vit à 130 kilomètres du réacteur. Il y a eu beaucoup de décès dus au cancer dans des familles d'amis et de voisins et nous n'avons pas de véritables statistiques. Toutes les statistiques officielles sont écrites par l'industrie nucléaire et ne doivent pas être prises au sérieux. A quelles difficultés ont à faire face aujourd'hui ceux qui vivent encore dans la région de Tchernobyl ? (Je veux dire, est-il possible pour eux de cultiver la terre, ont-ils suffisamment de nourriture, ont-il des possibilités d'emploi ?) Pour ceux qui vivent loin des grands axes, la principale difficulté est l'absence d'électricité. Il ne font pousser que quelques légumes, dans leur jardin, pour eux-mêmes. Les entreprises ont quitté les zones contaminées. Chaque fois que des investisseurs ont tenté de faire des projets dans la zone contaminée, ils ont échoué. Le gouvernement peut toujours bien mettre en place un spectacle. Par exemple, sur la route Kiev-Tchernobyl, route qu'empruntent les délégations officielles, ils offrent des primes à la douzaine de familles dont les maisons bordent la route. Le gouvernement leur offre l'électricité. Cela impressionne ceux qui passent et leur fait croire que ce village est vivant et que la vie y est normale, mais si vous tournez au coin de la rue, vous verrez une dévastation complète. Pour répondre à votre question sur le travail des gens… eh bien, c'est l'occupation que j'ai vu ressembler le plus à un travail dans la région de Tchernobyl. Je veux dire que leur mission est quelque chose comme être la "façade de Tchernobyl". Quel est votre message, aujourd'hui, au sujet de cette tragédie ? Dans l'exemple de Fukushima; nous avons tous vu avec quelle rapidité les réacteurs dysfonctionnent dès que le système de refroidissement est interrompu, puis suit l'explosion de l'hydrogène et la terre aux alentours du réacteur est empoisonnée pour des siècles. (A Tchernobyl, nous avons eu le même genre d'explosion thermonucléaire que celle de Fukushima). Maintenant, nous pouvons nous mettre dans la perspective d'un bombardement de réacteurs nucléaires. Nous vivons dans le crépuscule de l'âge du pétrole. Le pétrole bon marché que nous avons apprécié ces 50 dernières années touche à sa fin. Les ressources se font rares et il y aura de grandes batailles pour les ressources restantes et, dans ces guerres à venir, les centrales nucléaires seront des cibles de choix. Je ne sais pas combien de temps il nous reste avant que l'enfer se déchaîne… Nous devons maintenant exiger la fermeture des installations nucléaires autour des grandes villes. Les réacteurs nucléaires ne sont rien d'autre que des bombes à retardement. Victor Vella / IT-TORCA (Malte) / Avril 2011
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